Les faibles et les forts, roman

Judith Perrignon

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  • 1 août 2014

    Etats-Unis, ségrégation

    Cela commence par un roman à plusieurs voix un jour où la police investi la maison à la recherche de drogue (qu'elle ne trouve pas). La grand-mère, le fils aîné accusé, la mère, la cadette, chacun raconte l'événement.

    Puis le récit se déplace en 1949 pour relater un incident à caractère raciste typique de ces années-là dans le Sud des Etats-Unis.

    Enfin, nous assistons au dénouement de la fameuse journée, tragique, forcément tragique.

    Tout s'explique et tout prend forme autour de cet été 1949.

    Pourtant, le titre m'a paru un peu pompeux par rapport au contenu du récit.

    Un point de vue intéressant sur une injustice qui perdure.

    L'image que je retiendrai :

    Celle des tresses de Deborah qui se fait belle pour Jason, avec des perles blanches au bout.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2014/07/14/29768365.html


  • 30 juillet 2014

    Un livre fort, poignant qui s'ouvre sur l'image d'un fleuve, magistral, nommé rivière Rouge. Il descend l'Amérique et s'en va se noyer dans le Mississippi puis dans la mer. Chaque jour une quinzaine de personnes viennent trouver un peu de fraîcheur sur ses bords.

    C'est une famille noire américaine, des petites gens, des individus dignes face au drame. Marie-Lee la grand-mère évoque la racisme des années 1960 lorsque l'entrée de la piscine fut autorisée aux gens de couleur. La communauté noire y était interdite et peu d'entre eux savent nager au moment où les petits enfants de Marie-Lee s'ébrouent dans l'eau. L'interdiction peut-elle mener au drame?

    Judith Perrignon construit un récit très juste sur la noyade des jeunes afro-américains et souligne avec beaucoup de délicatesse les explications en amont de ce drame épouvantable. La ségrégation raciale entraîne des drames au delà de la bêtise humaine et de ce que l'on peut imaginer.

    « Negro are pushing too far !! […] Un travail! Une place dans le bus! Ou au restaurant! C'est déjà leur faire grand honneur! Mais dans l'eau! Dans nos vestiaires! A poil! Leur peau! Leurs microbes! Veulent pas coucher avec nos femmes pendant qu'on y est ? »

    Tous les membres de la famille apportent au récit l'élan d'une oraison funèbre, comme un chœur uni face à l'indicible.Les choix narratifs de Judith Perrignon sont judicieux, on traverse les époques, les voix sont différentes mais les drames bousculent et interrogent.


  • 17 octobre 2013

    Nous sommes en août 2010 en Louisiane, Mary Lee assiste impuissante à une descente de police dans leur appartement visant Marcus son petit-fils aîné âgé de dix-sept ans. Fouille au corps, les affaires mises sens dessus dessous : la violence de la situation saute aux yeux. Les policiers repartent bredouillent mais la nervosité est papable. La fille de Mary Lee, Dana mère célibataire n’arrive plus à communiquer avec son fils. Ses trois autres enfants ne disent rien. Ils sont une famille afro-américaine dans un quartier défavorisé : cela suffit à ce que la police s’intéresse à eux. Beaucoup d’amis de Marcus ont déjà eu des soucis avec les forces de l’ordre ou connaissent la prison. Les pères des enfants sont aux abandonné absents depuis longtemps. Heureusement que l’après-midi, toute la famille a prévu d’aller faire un pique-nique au bord de la rivière Rouge en compagnie de leurs cousins. Il fait beau et les sept enfants vont se baigner. Marcus est pris dans un courant, tous se prennent la main et sont engloutis par les eaux. Seul Marcus est sauvé de la noyade.

    Retour en 1949 à Saint-Louis dans le Missouri. La politique de ségrégation sévit et les Noirs n’ont pas accès aux piscines. « Légalement rien n’empêche un Noir qui veut nager d’entrer dans une piscine » : cette phrase prononcée par le maire-adjoint de la ville va mettre le feu aux poudres. Howard le frère aîné de Mary Lee obtient l’accord de ses parents de se rendre à la piscine. Mary Lee cachée dans un arbre l’observe. Mais elle voit plus que son frère qui franchit les portes du lieu puis qui entre dans l'eau Elle voit des gens se rassembler, crier des insultes, des menaces. Une foule enragée qui grandit et qui ne demande qu’à rétablir la loi. Une journée d’émeutes violentes qui laissera à Howard des séquelles.Dès le lendemain, la piscine n'ouvre ses portes qu'aux Blancs.

    Un chiffre : 60% des Afro-Américains ne savent pas nager. Pourquoi ?
    Judith Perrigon nous immisce dans les pensées de chacun des membres de la famille lors de l'arrivée de la police puis elle revient sur sur la vie de Mary Lee. Ensuite, elle livre la parole à un professeur lors d'un émission à la radio suite aux noyades et nous projette après le drame. Des premiers esclaves enchaînés aux pieds par des chaînes, de la ségrégation construite sur des interdictions et des barrières, la peur s’est ancrée chez les Noirs. La peur : un héritage transmis de génération en génération comme une sorte de fatalité. Tout comme la discrimination, les inégalités et les préjugés ancrés dans le temps et les difficultés rencontrées à l’heure actuelle par les afro-américains. L'auteur nous livre des faits et par la construction habile nous laisse le soin de tirer nos propres conclusions.
    Ce roman est âpre, fort, dur et prend aux tripes. Le chant de révolte qui s'y lève tout comme les faits ne peuvent que susciter qu’émotions, indignation et réflexion ! Alors oui, ce livre m'a plus que remuée...


  • Une famille afro-américaine se prépare à passer l'après-midi à Rivière Rouge, en Louisiane. L'histoire débute par une descente de police au cours de laquelle le fils aîné est fouillé au corps. La grand-mère Mary Lee se remémore son enfance, elle qui a vécu de plein fouet la ségrégation et ne comprend pas pourquoi sa fille est (re)venue s'installer dans ce maudit Sud, où les pères sont absents et les combats passés oubliés. Un choc de générations : une grand-mère hantée et révoltée, une mère désabusée et lasse, des enfants innocents, au coeur d'un terrible drame. Six d'entre eux vont mourir noyés sous les yeux de leurs proches. Un fait divers qui raconte l'histoire, le passé sudiste des Etats-Unis, ou comment de jeunes Noirs ont perdu la vie parce que l'entrée des piscines était interdite à leurs aïeux...


  • par (Libraire)
    31 août 2013

    Par une belle journée, une famille noire américaine part pique niquer près d'une rivière. La grand mère, Mary Lee, dont la vie est marquée par la ségrégation qu'elle a subie étant plus jeune, la mère, divorcée, qui tente d'éléver ses enfants du mieux qu'elle peut:les plus jeunes profitant de la joie et de l'innocence de l'enfance tandis que l'aîné frôle la délinquance.
    Mais en une journée les non-dits et les drames des anciens vont très vite dépasser les plus jeunes.
    Que laissent derrière elles les générations passées? Héritons nous des échecs ou des avancés de nos aînés?
    Voici les questions que pose ce très bon roman, court mais intense, qui résume magistralement les traces laissées par la ségrégation.


  • 28 août 2013

    Du racisme ordinaire dans l'Amérique d'hier à aujourd'hui

    2 août 2010. Quelque part au Nord de la Louisiane. La rivière rouge sommeille. Paisible comme peut l'être un crocodile avant l'attaque. Dans quelques minutes, elle va ravir la vie de six enfants. Six jeunes noirs qui ne savaient pas nager, incapacité héritée de l'histoire de leurs parents. Cette bataille perdue d'avance des faibles contre les forts, des noirs contre les blancs, dans l'Amérique d'hier et d'aujourd'hui pétrie de rancœurs et de haines recuites."C'est comme un vieux nœud (…). Ce vieux nœud autour de nous, en nous, dans notre gorge, notre ventre, ce vieux nœud indémêlable qui nous retient et nous condamne à d'autres nœuds"(page 16). Le racisme des uns et la peur des autres, indécrottable, indépassable. Et ce chiffre : 60 % des enfants afro-américains ne savent pas nager. Et ce drame : six adolescents, morts noyés, chacun voulant sauver l'autre.

    Toi non plus "tu ne savais pas nager Howard et quand tu es ressorti de la piscine, tu avais un trou dans la cuisse, les tympans crevés et deux côtes cassées (…) Au siècle d'après, il y a toujours une ambulance à la sortie de l'eau" (pages 146-147) et une grand-mère éplorée. "Mon nom c'est Mary Lee, j'ai 74 ans (…) je suis quelque part entre les morts et les vivants, au Purgatoire déjà, je ne pensais pas que c'était comme ça. Peut-être que ce pays est un vaste Purgatoire" (page 17).

    Un roman âpre et dense qui questionne la société américaine contemporaine et ne laissera pas le lecteur indifférent.


  • par (Libraire)
    23 août 2013

    En eaux troubles

    Tout commence par une descente de police... et se termine dans les eaux boueuses du Mississippi. C'est un court roman qui dès les premières pages donne le ton : par-delà le fait-divers, c'est bien de la grande Histoire des afro-américains dont il sera question. La construction extrêmement précise de ce roman choral nous entraine au fil des pages, dans un mouvement de balancier, de l'Amérique d'aujourd'hui jusqu'aux heures sombres de la ségrégation raciale. Une émotion qui prend aux tripes. Incontestablement, une pépite de cette nouvelle rentrée littéraire.


  • par (Libraire)
    18 août 2013

    Vibrant et véridique

    Aux Etats-Unis, officiellement la ségrégation raciale est terminée. Certaines tragédies récentes ont démontré le contraire telle la noyade de six enfants noirs dans le Mississippi en 2010. Journaliste et romancière, Judith Perrignon évoque ce terrible accident à travers un questionnement vibrant et véridique « Pourquoi les noirs ne savent-ils pas nager ? ». Le roman se déploie alors habilement pour tenter d'expliciter la ségrégation perpétuée, la tragédie vécue par une famille mortellement touchée, et la faillite des aînés à contrer violence, déraisons et abandons des plus jeunes. Entre récit et roman, « Les faibles et les forts » présente un vif intérêt.