Il faut qu'on parle de Kevin, roman

Lionel Shriver

J'ai Lu

  • 3 février 2013

    adolescence, Etats-Unis, violence

    Ne vous y trompez pas, ce roman est une fiction. Longue à démarrer au départ, puis plus passionnante ensuite malgré quelques écueils.

    L'histoire est longue à démarrer car Eva, dans ses premières lettres, fait longuement le récit des premières années de son idylle amoureuse, de la si belle vie de leur couple à Tribeca au milieu d'autres couples sans enfants. Elle, jeune femme à la tête d'une publication de guides touristiques, lui, faisant des repérages photos pour la publicité.

    Pourtant, leur couple semble mal assortie : Eva voyageant tout le temps, Franklin plutôt ami de Reagan et de l'Amérique forte. Ils se marient toutefois et Franklin insiste lourdement pour avoir un enfant.


    C'est là que les ennuis commencent car Eva n'en veut pas, de cet enfant. Qui le lui rend bien en refusant tout ce qui vient de sa mère dès sa naissance : ce bébé refuse de téter son sein.

    Qui plus est, Franklin achète une grande maison pleine de vide en banlieue, la comble de l'horreur pour sa femme.

    Bébé infernal (les nounous se succèdent), il devient un enfant flegmatique qui porte une couche jusqu'à ses 6 ans. En public, il ne laisse rien paraître de ses émotions, mais joue déjà de mauvais tours à ses camarades. Son père n'y voit que du feu et le soutient sans cesse.

    Adolescent, il lance sa propre mode en ne portant que des vêtements trop petits pour lui. Bien sûr, il se fait le plus discret possible dans son lycée en n'ayant que des résultats corrects. Paradoxe de l'adolescence qui veut à la fois exister en dehors des autres mais également se fondre dans la masse.

    Tout au long de son roman épistolaire (même si il n'y a pas de vrai correspondance car Eva ne reçoit jamais de réponses), l'auteur (ou plutôt Kevin et sa mère) évoquent régulièrement les tueries qui se déroulent un peu partout aux Etats-Unis, régulièrement. Rien que cela fait froid dans le dos.

    Un bémol à ajouter à ce roman riche : l'auteur se lance parfois dans de longs développements sur le mode de vie américain qu'il dénigre passablement. Ces passages m'ont paru fort longs.

    A travers ce roman, l'auteur tend à démontrer qu'il n'y a pas de pourquoi. Tout les personnages se demandent sans cesse pourquoi un tel acte. Mais Kevin est bien en peine de répondre, trop jeune et trop enfermé dans son mode de fonctionnement.

    Sa mère, à travers ses lettres et en revenant sur les événements passés tente d'expliquer le geste de son fils : ce fut un bébé et plus tard un garçon en colère. Contre qui, contre quoi....

    Ceci dit, au contraire du film dans lequel le réalisateur tend à démontrer que c'est la faute de la mère, dans ce roman, l'auteur démontre clairement que c'est le père le vrai coupable. Américain moyen, son fils n'est qu'un jouet pour lui. Il ne cherche jamais à le comprendre, mais toujours à l'excuser. Alors qu'Eva, elle, cherche à percer le mystère de son fils.

    L'image que je retiendrai :

    La passion de Kevin pour le tir à l'arc, passion qui va s'avérer fatale.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2013/01/24/26113156.html