Olivier C.

par (Libraire)
18 janvier 2022

En décembre 1921, Calcutta attend la visite du Prince de Galles, futur Edouard VII. La police est sur les dents car la ville a la fièvre , la plupart des Bengalis sont en colère et même les plus bienveillants d'entre-eux sont "toujours prêts à faire un doigt d'honneur aux Anglais". Et les "Volontaires", branche ultra des indépendantistes, semblent acharnés à défendre leur "non-violence"...
Deux enquêteurs sont chargés de surveiller les meneurs : le capitaine Wyndham, officier anglais de la police impériale et le sergent Banerjee, bengali tenaillé entre sa conscience professionnelle et son désir d'une Inde libérée du joug colonial.
Les choses commencent mal car le capitaine est rapidement impliqué sur un crime mafieux. L' affaire est à suivre... et la suite s'avère riche de cadavres et autres péripéties glaçantes.
Outre un portrait saisissant de Calcutta et de l'empire des Indes, le grand charme de ce roman se révèle sur la personnalité et les relations des deux policiers.
Wyndham notamment est un opiomane tourmenté, compliqué mais plein de bon sens et totalement détaché des préjugés raciaux de son temps. Ses circonvolutions de pensées, sa désinvolture permanente, son comportement singulier et son impeccable humour british feraient rendre chèvre le Mahatma Gandhi lui-même ... mais c'est pour le plus grand plaisir du lecteur.

par (Libraire)
23 novembre 2021

" L'excessif est insignifiant" professait Talleyrand. Pourtant, depuis lors, les provocations, les outrances, les insultes et les énormités ont fait le sel - ou le vinaigre - de la vie politique française.
La "Belle époque" 1880-1914 fut le parangon de cette hystérie collective comme le décrit Christophe Donner à travers le portrait de ses arrière-grands-parents.
Henri Gosset, ami de Léon Daudet, partage auprès de lui les milieux d'extrême-droite; on croise alors Ed Drumont, Charles Maurras, Barrès, les bouchers de la Villette, les Camelots du Roi... Pour eux la haine du juif est le principal voire l'unique étendard.
Marcelle, jeune institutrice, ne cache pas elle, ses sympathies anarchistes; elle suit notamment les exploits de Jean- Baptiste Vigo dit Miguel Almereyda, icône "Che guevaresque" des libertaires " fin-de-siècle".
La politique les éloigne, le rejet de la IIIème République - surtout Clemenceau leur plus coriace adversaire- les rapproche, l'amour enfin les réunit. L'art de Christophe Donner est de montrer chez ces multiples figures politiques un visage romanesque, vivant et complexe, touchant parfois dans leurs excès furieux.
Leur violence, pas simplement verbale (on provoque des duels, on commet des attentats...), masque souvent la névrose, le ridicule, la fragilité. Bref, avec "La France goy", la "Belle époque" nous donne un miroir -grossissant ?- de notre actualité.

par (Libraire)
16 novembre 2021

Entre un grand-père arrogant, exigeant et pénible au suprême et une marmaille d'enfants-rois intenables, les " plus belles années" de la vie d'un couple suédois s'annoncent difficiles, d'autant qu'ils sont déjà bien disposés à se stresser mutuellement...
Curieusement donc, tout n'est pas ennuyeux dans ce temple de la démocratie sociale; mais c'est pour le plus grand plaisir du lecteur ...

19,00
par (Libraire)
1 octobre 2021

Dans " Ce qui manque à un clochard " Nicolas Diat dessine le portrait d'un homme dont l'existence nous émeut et nous questionne. Clochard , poète, dessinateur, photographe, Marcel Bascoulard - 1913-1978, fut un artiste qui a choisi la misère et la solitude comme mode de vie. Toute sa vie se passa à Bourges, vivant dans des cabanes ou cabines de camions, fier de n'être rien; l'amour infini de sa mère lui ayant donné la force d'affronter les épreuves d'une vie déclassée.
D'un premier abord peu engageant, sale, malodorant, travesti, habillé de robes qu'il aimait dessiner et confectionner lui même, il sut pourtant s'attirer l'amitié des petites gens par son esprit facétieux et ses talents artistiques.
La vente de ses dessins lui permit peu à peu de survivre à sa détresse, de connaitre une certaine notoriété locale, puis la reconnaissance du monde de l'art. Mais son mépris de l'argent, son dégout du commerce avec la société bourgeoise lui interdira tout succès de son vivant. Communiste un peu, anarchiste un peu , individualiste beaucoup, sa force fut d'être inatteignable à la laideur, la bêtise, la cruauté du monde moderne.
Nicolas Diat nous fait connaitre surtout un homme profondément mystique- la cathédrale de Bourges fut le thème préféré de ses dessins - cherchant Dieu resté pourtant invisible; mais aussi bruyamment anticlérical quand l'Eglise se range au coté des puissants.
Bref, attendez -vous à découvrir un artiste, qu'il me semble, Saint François d' Assise aurait embrassé comme un frère.

23,00
par (Libraire)
14 septembre 2021

On connait peu l'Histoire du Guatemala. Dire " peu ", c'est ici pour dire plutôt " pas du tout ". Aussi quand un Prix Nobel de littérature nous entraine dans cette Histoire tumultueuse, le lecteur curieux d'aventures politiques peu banales frétille d'impatience.
En 1950, le Guatemala est un petit pays arriéré, féodal, aux préjugés racistes tenaces. Le nouveau Président Arbentz , à l'optimisme innocent, veut moderniser et démocratiser cette République. Aussitôt de nombreux ennemis se mobilisent, grands propriétaires terriens, chefs d'entreprises, la majorité des officiers supérieurs, tous anticommunistes et réactionnaires. Le Président démocrate renversé , arrive une période de putschs militaires successifs...
A l'extérieur le dictateur dominicain Trujillo manipule chacun à son avantage, de Washington ou de Miami, les gringos pilotent cette machinerie sans vergogne. A chaque fois l'Archevêque de Guatemala béni les puissants du moment.
Avec une construction virtuose mais ardue, M Vargas Llosa retrace ces péripéties à hauteur d'homme. Et les portraits sont savoureusement féroces. On respire les ambitions, les égos surgonflés, le ressentiment, la médiocrité, le sadisme de ces apprentis Caudillos..
Tous sont fiers d'être supérieurement machistes...
Mario Vargas Llosa nous montre surtout que dans cette histoire le peuple guatémaltèque ne joue aucun rôle.
Ici " aucun " veut bien dire "aucun ".